Le 6 mai 1953 que paraît le premier volume de la nouvelle collection Marabout Junior.
La ligne éditoriale est claire : présenter aux jeunes des récits d'aventures imaginaires ou vécues qui leurs donnent l'envie d'une vie honnête et aventureuse.
Chaque volume inclut à la fin du récit une rubrique, Marabout chercheur, destinée à apporter une version scientifique à l'ouvrage et afin de fidéliser le lectorat un cadeau, bien souvent un signet ou une maquette en carton à monter soi-même.
Pour fidéliser durablement le lectorat, Marabout pense qu'un héros récurrent est indispensable. Le choix de l'auteur se portera sur Charles Dewisme, plus connu sous le pseudonyme d'Henri Vernes, le héros se nommera Bob Morane.
Devant le succès de Bob Morane, André Gérard tente de lancer un nouveau héros bien décidé à l'imposer comme un concurrent du fameux Commandant Morane.
Autant un héros comme Bob Morane est typique de ce que l'on peut décemment proposer à la jeunesse de ces années 50 (défenseur de la veuve et de l'orphelin et toujours du coté du Bien), autant Nick Jordan, de part son métier d'espion, se présente comme plus ambigu. Ce qui incite l'éditeur à prendre quelques précautions. Ainsi on peut lire ceci dans le livre "Cerveaux à vendre" :
"CHEVALIER ou MERCENAIRE?
Les héros modernes des romans d'aventures peuvent être classés en deux grandes catégories : les chevaliers et les mercenaires.
Les chevaliers : un exemple-type est certainement Bob Morane, le héros des romans de Henri Vernes. C'est un homme qui, sans doute, ne ressemble pas entièrement au chevalier du Moyen Age, mais comme lui c'est un homme libre, un maître de son destin. Cette liberté et ce destin, il les met au service d'autrui : risquant sa vie pour une noble cause, pour défendre un ami ou l'humanité tout entière, ou même parfois, simplement, pour satisfaire son désir de connaître le vaste monde. Comme le chevalier d'autrefois, il est entièrement désintéressé, et toujours, il abandonnera à d'autres le fruit de ses combats, suffisamment heureux, en ce qui le concerne, d'avoir pu vaincre parfois les éléments, parfois d'autres hommes, parfois lui-même, c'est-à-dire sa faim ou sa peur.
Un tel "chevalier" - faut-il le dire - encore qu'il ne prétende nullement être une créature parfaite, ne pourrait servir d'exemple concret et de modèle réel qu'en des occasions tout à fait exceptionnelles.
Qui donc, aujourd'hui, dispose de tous les loisirs, de toute la chance, de tous les hasards qui, seuls, permettraient une si exaltante existence, une vie toute entière consacrée à de merveilleuses entreprises.
Le héros-mercenaire par contre, se rencontre bien plus fréquemment dans le vie réelle ; et quand nous disons "mercenaire", chacun aura compris que nous parlons du policier, du détective, de l'espion ou du contre-espion. Ces hommes sont payés pour faire un certain travail et, en général, ce "travail" n'est guère de nature à fasciner les foules ; mais parce que souvent, cette activité se déroule dans un cadre plein de mystère, dans un monde plein d'ombre, dans un univers trouble et obscur, le roman d'aventures modernes - qu'il soit policier ou d'espionnage - a fait de ce mercenaire un dieu.
Presque toujours les auteurs de romans policiers oublient volontairement la vie réelle du détective pour l'enjoliver et l'idéaliser à plaisir ; ils laissent dans l'ombre toute l'amertume, la violence (le sadisme parfois), les petitesses qui sont le lot quotidien de cette vie, pour n'en garder que les côtés prestigieux, et par là même fallacieux.
Pourtant, ne serait-il pas possible de concevoir un héros de roman policier ou d'espionnage qui, tout en restant mercenaire, sache dépasser les aspects sombres et sordides de ses enquêtes - il en existe d'illustres exemples - sache mettre dans sa vie un véritable idéal, sache voir que, par-delà la mécanique et les manoeuvres, même admirablement construites, des bandes auxquelles il s'oppose, il y a des êtres qui sont des hommes comme lui.
Il nous semble que c'est possible ; il nous a semblé que Nick Jordan, à la fois mercenaire et policier, pouvait trouver ici sa place.
Et si, un jour, l'auteur à l'occasion de montrer comment Nick Jordan est devenu l'homme que le présent récit nous décrit, on verra, derrière son impassibilité apparente - et indispensable - combien on peut trouver de sensibilité humaine."
Sans atteindre les résultats escomptés Nick Jordan se fraie un chemin dans le coeur des lecteurs ainsi que dans la collection. 35 titres verront ainsi le jour en Marabout Junior.
Début 1967, les éditions Gérard et C° décident de modifier certaines collections. La collection Marabout Junior est remplacée par Pocket Marabout.
Les récits, biographies, reportages sont arrêtés et laissent la place à des héros appelés "Les Compagnons de l'Aventure" : Kim Carnot, Dylan Stark, Doc Savage, Jo Gaillard, Nick Jordan, Bob Morane.
Les auteurs devait écrire six romans par an.
A partir de 1968, la collection s'enrichit d'une série parallèle, dont les volumes sont numérotés à partir de 1001, destinée aux rééditions de titres Bob Morane initialement parus dans la collection Marabout Junior; cette année la voit aussi, le départ de Nick Jordan de la collection.
De 1967-1968 Nick Jordan paraîtra a travers 6 romans.
Nicolas-Sébastien-Paul Jordan, dit Nick Jordan, est né en 1932.
Il est grand, toujours légèrement voûté, a des "jambes d'échassier". Ces cheveux sont "de jais" et les "boucles résistaient à l'action conjuguée de l'eau de Cologne et de la brillantine". Son teint est "mat légèrement hâlé", ses joues sont "creuses" et même "les rasoirs les plus effilés n'arrivaient jamais à (les) débarrasser d'un reflet bleuâtre."
A tel point qu'on peut "le prendre pour un Espagnol ou un Italien" mais "ses yeux curieusement clairs, d'un vert où passaient comme des reflets dorés, inspiraient quelque doute sur la pureté de ses origines méridionales.".
Nous l'avons vu plus haut il a "Une fine cicatrice blanche (qui) lui barrait le front, depuis l'arcade sourcilière gauche jusqu'à la racine des cheveux.".
Il a "fait Polytechnique". Et il a atterri à la D.S.T.
L'auteur nous en donne une explication : " sa décision lui avait été principalement inspirée par un penchant romanesque qui le portait à considérer les agents de la Sûreté Nationale comme autant d'intépides chasseurs d'espions, accumulant les faits d'armes époustouflants et bravant les pires dangers avec le calme sourire du héros.".
Pour l'anecdote nous remarquerons que Nick fume beaucoup ce qui était tout à fait normal dans les années 60 y compris dans une série destinée aux adolescents.
Victime de son succès, l'éditeur a souvent été amené à rééditer ses titres. Ce qui ne facilite pas la vie des collectionneurs avides d'éditions originales!
Afin de clarifier le problème, les différentes collections ont été découpées en "type"; chaque changement de présentation ayant généré un nouveau type. Les romans consacrés à Nick Jordan ont été publiés sous six types différents numérotés de 1 à 7 (il n'y a pas de Nick Jordan de type 2).
Se réferer a la page sur les types de Bob Morane :Les Types
-Cerveaux à vendre
-Nick Jordan voit rouge
-Virus H84
-Nick Jordan sur le gril
-Pleins feux sur Nick Jordan
-Nick Jordan prend la mouche
-Nick Jordan rit jaune
-Mais Nick Jordan troubla la fête...
-Pas de visa pour Nick Jordan
-Jours de deuil pour Nick Jordan
-Sans nouvelles de Nick Jordan
-L'heure H de Nick Jordan
-La mer à boire pour Nick Jordan
-Nick Jordan au pied du mur
-Signé Nick Jordan
-Nick Jordan hurle avec les loups
-Nick Jordan contre GX 17
-Carte blanche à Nick Jordan
-Nick Jordan jette du lest
-Nick Jordan incognito
-La longue nuit de Nick Jordan
-Les coulisses de l'espionnage
-Nick Jordan contre Aramis
-SOS à Nick Jordan
-Nick Jordan met le feu aux poudres
-Bien le bonjour de Nick Jordan
-La bête noire de Nick Jordan
-Nick Jordan relève le défi
-A la santé de Nick Jordan
-Nick Jordan mène la danse
-Nick Jordan tourne casaque
-Nick Jordan perd le nord
-Nick Jordan aux enfers
-Nick Jordan mène le deuil
A noter aussi la parution du Marabout Junior n°272 : Les coulisses de l'espionnage réalisé par André fernez:
L'agent secret est-il un héros ou un bandit ! Son métier est-il noble ou méprisable? A ces questions et à mille autres, André Fernez apporte enfin une réponse et vous révèle, avec des détails sensationnels, les méthodes de formation des espions modernes, les procédés extraordinaires qu'ils utilisent pour se procurer ou transmettre certains documents, etc... Ce documentaire passionant est un complément indispensable à la fameuse série des aventures de Nick Jordan.
-La sarabande des hyènes
-Lâchez les chiens
-Le coup du chacal
-Corde raide
-Négatif P-224
-La faute du mort
André Fernez, de son vrai nom Désiré Fernez, est né le 24 décembre 1917 à Zouterwoude au Pays-Bas mais c'est en Belgique qu'il passera l'essentiel de sa vie.
En 1942, il obtient le titre de Docteur en droit de l'Université de Louvain.
En 1944, il entre dans l’administration centrale comme conseiller juridique adjoint.
De 1947 à 1959, André Fernez sera le rédacteur en chef du journal Tintin qui, sous son influence, connaîtra son âge d'or. Mais son rôle au sein du journal ne s'arrête pas là. André Fernez signera plusieurs romans publiés en feuilleton, dont le fameux Jimmy Stone, ainsi que de nombreux scénario de bandes dessinées.

Parallèlement à ces activités André Fernez s'intéresse aux médias pour lesquels il écrira des séries télé (La mort des autres en 1954, Le train de l'espoir en 1959, Feu Lord Glensdale avec René Goscinny en 1963) et une pièce radiophonique (Facsimilé en 1958 pour laquelle il obtient le Grand Prix des programmes radiophoniques de langue française).
C'est en 1959 que paraît la première aventure de Nick Jordan.
Quatre ans plus tard avec la vingtième aventure, le million d'exemplaire vendu est atteint. Comme on peut le constater le succès est présent même s'il n'atteint pas le but avoué d'André Fernez de concurrencer Bob Morane.
On remarquera aussi que les seuls héros à passer de la collection Marabout Junior à la collection Pocket Marabout sont précisément Bob Morane et Nick Jordan.
Toutefois la collection Pocket Marabout va rapidement s'essouffler. Seuls des six héros des débuts Bob Morane et Doc Savage survivent.
La dernière aventure de Nick Jordan Négatif P-224 paraît en 1968.
En 1975 André Fernez effectue un retour aux sources puisqu'il entre comme juriste au service de la Sureté publique du Ministère de la Justice.
En 1976 il écrit pour la RTBF le scénario du téléfilm Baudoin des mines tiré du roman de O.P. Gilbert.
Désiré Fernez décède à Namur le 24 avril 1990.
-Est-ce que vous entreteniez des relations amicales avec André Fernez ? Y a-t-il eu un genre de compétition amicale ?
" Je connaissais bien André Fernez qui, avant d'écrire Nick Jordan, était directeur littéraire du journal " TINTIN ". Pourtant, je n'ai jamais entretenu de relations amicales avec lui. Il n'y eut pas de compétition amicale non plus. On ne vendait qu'un seul Nick Jordan là où l'on vendait dix Bob Morane et André Fernez ne l'a jamais encaissé. Il est mort, comme Nick Jordan. Paix à leurs cendres. "